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SYMBIOTIQUE - UNE PHÉNOMÉNOLOGIE DU CORPS  - L’action artistique d’un corps tout entier âme et chair, raison et sensibilité, comme une tentative de remise en cause de la société par l’art, voilà qui pourrait être une autre définition du Body Art. Le corps n’est désormais plus seulement un sujet, il est un moyen. Le corps est «actant», actif, «un matériau». Il permet de montrer ce qui est caché, dévoile selon Journiac plus que ne peuvent le faire les peintures. Le corps est pour lui comme «une viande consciente socialisée», fait de chair et de sang mais conscient du malaise profond que provoque en lui la société, et inversement. La société l’enferme, les conditions économiques le déterminent, la liberté humaine est mutilée. Le corps est un moyen révélé par l’artiste de retrouver cette vérité de l’homme : l’action. La performance tente de résoudre des problèmes que la société lui impose, par un art qui, comme l’attirance sexuelle, met en jeu le désir du corps de l’autre, qui passe par les mains et les yeux. La chair est le vecteur d’une quête philosophique et sociologique. 

Notre société, pourtant mortifère, rejette la mort, et le sexe n’est pas reconnu comme une expression artistique. C’est alors curieux paradoxe, de voir une forme d’engouement, pour un sujet pour lequel ce qui revient le plus souvent en termes de discours et de représentations c’est l’idée de tabou, de déni : interdit d’en parler, refus de voir. 

 

Et si les travailleurs du sexe les plus talentueux étaient considérés comme des artistes ? Un dépassement de soi pour une véritable revendication ? Ou une simple volonté d’établir un record qui fera ensuite le buzz dans les médias ? 

Le sexe, au panthéon artistique, grimperait très précisément la douzième marche : une forme de performance artistique comme les autres, dans la sous-catégorie body art (le chiffrement des arts est contestable, mais en l’état actuel des choses, nous en sommes à la bande dessinée comme neuvième art, le jeu vidéo comme dixième, le numérique comme onzième, et la performance comme douzième).

Dans la vidéo performance Untitled (2003), d’une durée de 60 minutes, Andrea Fraser a filmé un acte sexuel dans une chambre d’hôtel du Royalton à New York entre elle et un collectionneur privé qui aurait payé une somme proche de 20 000 $ dans le but de participer selon l’artiste “non à un acte sexuel mais à la réalisation d’une œuvre d’art”.

Dépasser les limites apparente de la perception ou la pratique des happenings, mettant en scène leur propre corps dans le cadre de pratiques extrêmes mêlant violence, souffrance et sexualité. Réalisées au cours d’expositions publiques à caractère souvent sacrificiel, ces messes noires de l’art veulent avoir un caractère libératoire, et agir en tant qu’aberration d’affects et de représentations violentes. 

Tout y passe pour nous décoincer : prise de conscience exacerbée du corps-viande et du sang, malaise du corps individuel et malaise du corps social tentent de susciter en nous le goût de la révolte. Il n’y a pas de corps indifférent. Le corps est premier point de départ à toute entreprise créative. Critiques et parodies s’appuyant sur le fait sociologique, ces actions polymorphes s’attaquent à la totalité de l’expérience humaine, ici et maintenant.

La dualité n’existe pas, en particulier celle d’une pensée détachée du corps. Mais si le corps est le lieu de la vie, il est aussi « l’ouvroir de la mort » Journiac. Réconcilier la vie et la mort passe par mettre la mort à nu. S’accepter en tant que mortel, accepter son corps en tant que squelette. Il nous faut donc mourir. Cela, nous nous en occupons. Nous choisissons la maladie que nous voulons, et ensuite il faut traiter le corps, celui-là social, notre corps- viande économique juste bon à se prostituer.

SYMBIOTIC - A PHENOMENOLOGY OF THE BODY - The artistic action of a whole body soul and flesh, reason and sensitivity, as an attempt to challenge society through art, that could be another definition of Body Art. The body is no longer just a subject, it is a means. The body is «active», active, «a material». It allows to show what is hidden, reveals according to Journiac more than the paintings can do. The body is for him like «a conscious socialized meat», made of flesh and blood but aware of the deep discomfort that society causes in him, and vice versa. Society locks it in, economic conditions determine it, human freedom is mutilated. The body is a means revealed by the artist to find this truth of man: action. The performance tries to solve problems that society imposes on it, through an art which, like sexual attraction, brings into play the desire for the body of the other, which passes through the hands and the eyes. The flesh is the vector of a philosophical and sociological quest.

Our society, yet deadly, rejects death, and sex is not recognized as artistic expression. It is then curious paradox, to see a form of infatuation, for a subject for which what comes up most often in terms of discourse and representations is the idea of ​​taboo, of denial: forbidden to speak of it. , refusal to see.

 

What if the most talented sex workers were considered artists? Surpassing oneself for a real claim? Or a simple desire to set a record that will then create a buzz in the media?

Sex, in the artistic pantheon, would very precisely climb the twelfth step: a form of artistic performance like any other, in the body art subcategory (the encryption of the arts is questionable, but as it stands, we are comics as the ninth art, video games as the tenth, digital as the eleventh, and performance as the twelfth).

In the 60-minute video performance Untitled (2003), Andrea Fraser filmed a sexual act in a hotel room at the Royalton in New York between her and a private collector who allegedly paid close to 20,000. $ with the aim of participating according to the artist “not in a sexual act but in the making of a work of art”. 

Going beyond the apparent limits of the perception or the practice of happenings, staging their own body within the framework of extreme practices mixing violence, suffering and sexuality. Carried out during public exhibitions of an often sacrificial nature, these black masses of art want to have a liberating character, and to act as an aberration of affects and violent representations.

Everything goes there to loosen us up: heightened awareness of the body-meat and blood, discomfort of the individual body and discomfort of the social body try to arouse in us a taste for revolt. There is no indifferent body. The body is the first starting point for any creative endeavor. Sociological-based critiques and parodies, these polymorphic actions attack the totality of human experience, here and now.

The duality does not exist, in particular that of a thought detached from the body. But if the body is the place of life, it is also Journiac’s «opening of death». Reconciling life and death requires exposing death. Accept yourself as a mortal, accept your body as a skeleton. So we must die. We take care of that. We choose the disease we want, and then we have to treat the body, that social one, our economic body - just good for prostitution.

OPYUM Team